Chers compatriotes,
Chers touristes de passage,
Chers amis de Saint-Maurice,
Bonsoir à tous !
Avant tout je souhaite remercier les organisateurs de cette fête pour leur invitation. C’est avec grand plaisir et un immense honneur que je vous adresse ces quelques mots.
Vous aussi, vous vous dites peut-être, « quelle tradition étrange de faire parler une personnalité (ou quelqu’un comme moi) lors des célébrations de la fête nationale ? ». Je ne sais pas d’où elle vient, mais en tous cas je sais que l’exercice du discours du premier août est assez périlleux. Les plus jeunes attendent le feu d’artifice, ce qui me laisse encore 1h30 de discours, et les moins jeunes se racontent leurs vacances, tout en savourant leurs grillades, raclettes et leurs verres de vin. Il faut donc réussir à captiver l’attention de l’auditeur, puis essayer de faire passer un message. Le tout sans être trop court ni trop long !
Comme demain c’est l’anniversaire de la naissance de la Suisse, ce petit îlot de montagnes et de lacs au centre de l’Europe, nous aurions pu nous plonger dans son histoire pour nous rendre compte du chemin parcouru depuis 1291, et lui souhaiter un joyeux anniversaire… Mais comme je ne suis pas historien, je ne vais pas m’hasarder dans cette aventure. Je vais plutôt vous parler d’autres choses importantes à mes yeux.
Dans notre société qui veut « tout, tout de suite », où notre cerveau est surchargé d’informations et intoxiqué par les fakes news, nous ne voyons plus passer le temps. Les minutes, les heures, les mois, les années s’écoulent, et du jour au lendemain nous voilà déjà arrivés à l’âge de la retraite, qui sera bientôt à : 87 ans… A l’heure du réchauffement climatique, cette course après le temps qui fond comme neige au soleil devrait nous interpeller. Comment arrêter tout cela ?
L’être humain peut faire beaucoup de choses, mais les chercheurs de la HES-SO Valais et de l’EPFL n’ont pas encore réussi à inventer la télécommande à mettre le temps sur pause. En attendant, c’est donc à nous de faire la télécommande. Essayons par nous-même de nous arrêter un instant : prendre du recul, ne rien faire, profiter de l’instant présent, apprendre du passé pour nous aider à avancer…
En Suisse et en particulier en Valais nous vivons bien, même très bien. Nos soucis concernent : le retard des trains CFF (encore un problème de temps qui s’écoule), la provenance du boyau des cervelas, les cornes des vaches ou encore le nombre de jours avant le début de la foire du Valais. Parfois aveuglés par ces soucis qui nous semblent existentiels, nous oublions l’essentiel. Rendons-nous compte de la chance que nous avons de vivre ici dans ce cadre de vie exceptionnel. Si chaque jour de nombreux touristes viennent du monde entier visiter nos contrées, notamment pour admirer les trésors de l’Abbaye, ce n’est certainement pas pour rien ! Mais ne nous reposons pas sur nos lauriers, sortons de notre esprit de clocher pour encore mieux accueillir nos visiteurs. Protégeons la terre et le patrimoine que nos ancêtres nous ont laissés, et que nous laisserons à nos enfants. Sauvegardons nos traditions, tout en nous ouvrant sur le monde.
Je sais que tout cela peut paraître utopique, mais tout ce que nous avons n’est pas tombé du ciel. C’est à chacun d’entre nous de prendre en main le destin de notre pays et de s’engager pour le bien-être de la société.
Mais attention, qui dit engagement, ne dit pas forcément « argent ». D’ailleurs pourquoi tout doit toujours tourner autour de l’argent ? Pourquoi ne pas simplement s’impliquer bénévolement ? Dans notre monde de plus en plus individualisé, où chacun jongle avec ses multiples agendas, le temps consacré à la collectivité se monnaie à prix d’or à la bourse des « fanfares, associations villageoises, clubs sportifs, partis politiques et autres ». A chacun donc de l’investir au mieux de sa conscience !
Là, vous vous dites certainement « mais qu’est-ce qu’il raconte » ? Il nous demande de nous arrêter et en même temps il nous demande d’investir notre temps pour nous engager comme bénévole. Ça peut paraître contradictoire, mais pour moi, les deux sont complémentaires. Il est important que chacune et chacun apprenne à mettre sur pause dans cette société 4.0 qui file à 1000 à l’heure. Et d’un autre côté, il ne faut pas oublier de s’engager pour la collectivité, car non seulement cela permet de s’enrichir personnellement, mais cela contribue au bien-être commun. Notre pays a besoin d’une société civile où le dialogue et le respect permettent de garantir la cohésion et la stabilité.
Ce soir, arrêtons-nous tous ensemble. Arrêtons-nous pour la Suisse. Pour son anniversaire, nous pouvons lui souhaiter tout le meilleur. Souhaitons-lui qu’elle continue à être un lieu où il fait bon vivre et où le bien-vivre ensemble est plus fort que l’individualisme.
A vous aussi qui m’avez, je l’espère, écouté, je vous souhaite tout le meilleur et un magnifique été !
Belle fête nationale à tous, bonne suite de soirée, et vive la Suisse !


